Aug. 07, 2008, 2:38 a.m. (ET)

PEKIN (AP) Accepter une somme de petites frustrations pour vivre aux Jeux une grande satisfaction. Tel est le credo du champion olympique de fleuret Brice Guyart, qui s'est livré à une profonde remise en question pour tenter décrocher une troisième médaille d'or à Pékin.

Sacré à Athènes en individuel quatre ans après son titre par équipes conquis à Sydney, l'impétueux Guyart a profondément modifié son escrime pour se sortir d'une longue déprime.

"Ces derniers temps, j'ai effectué un travail de qualité pas forcément basé sur des grosses charges d'entraînement", explique l'ingénieur. "C'est axé sur un comportement que je travaille depuis un moment et qui devient plus naturel. Auparavant, mon style était empreint de beaucoup de générosité, ça se traduisait par beaucoup d'explosivité. Désormais, j'apprends à être plus patient, et j'ai ça en moi."

Après les JO d'Athènes, Guyart a connu une période de doute, marquée par des blessures et l'introduction d'une nouvelle réglementation internationale au fleuret ne favorisant pas sont style.

"Je n'avais pas envie de me remettre en question", dit-il. "Je venais de gagner un titre, il y avait ces nouvelles règles, je n'avais plus forcément envie de gagner. Et puis j'ai été obligé de me mettre à table, de réfléchir, sinon c'était vivoter dans le monde de l'escrime."

Avant d'arracher in extremis pour les Jeux de Pékin, Guyart a "galéré au moins deux ans", pris en tenaille entre les impératifs de résultats et le travail nécessaire pour se renouveler. L'enjeu olympique lui a permis de se surpasser.

"Mais une fois qualifié, je me suis dit: 'Brice, c'est difficile de continuer comme ça'. Je ne peux pas compter uniquement sur les gros événements pour me transcender, il fallait mettre les choses à plat. Une fois que la sélection a été obtenue, j'ai pu me construire un projet pour les Jeux."

Et le nouveau Guyart, plus serein dans sa démarche, sent qu'il peut désormais s'installer dans la régularité, ne plus se contenter d'être l'homme des exploits d'un jour retentissants.

"Mais le 13 août le jour de ma compétition, je ne serai pas zen", rassure le fleurettiste de 27 ans. "Je vais lâcher tout ce que j'ai. Mais parce que j'ai pris le temps de construire quelque chose, le jour de la compétition je ne veux pas avoir à réfléchir. Le jour de l'épreuve, c'est sûr que la volonté va sortir, c'est ce qui fait ma force."

Guyart a tiré un trait sur son glorieux passé et affirme qu'il ne veut plus avoir à défendre de statut, une posture qui lui a joué des tours et conduit dans l'impasse. "C'était ça après les Jeux, on ne fait plus les choses pour soi mais pour les autres", se souvient le Français, qui ne se voit pas dans la peau d'un champion olympique en titre. "Aujourd'hui, je sais que j'ai gagné deux médailles d'or olympiques, mais elles sont derrière moi. Quatre ans après, remettre un titre en jeu, je trouve ça surréaliste."

Dans la salle d'escrime de Pékin, Guyart affirme qu'il ne craindra aucun adversaire en particulier. "Je ne pense pas avoir de bête noire, ce sera une journée très difficile, sans match facile. Quant à savoir si je peux devenir champion olympique encore une fois? Je n'en doute pas une seule seconde." AP

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