JO-Boxe: Jérôme Thomas en quête de médaille d'or et de rédemption

Aug. 07, 2008, 4:17 a.m. (ET)

PEKIN (AP) Médaillé de bronze à Sydney, puis d'argent à Athènes il y a quatre ans, le poids mouche Jérôme Thomas se lance à la conquête de l'or olympique à Pékin après avoir touché le fond.

Le boxeur de 29 ans sort d'une période noire qui l'a conduit devant la justice et a failli le laisser KO pour de bon il y a un peu moins de deux ans.

"Ca a commencé par une séparation avec mon ancienne petite copine", raconte l'ancien champion du monde amateurs. "Elle m'a traîné devant les tribunaux, je pense sur les conseils de gens qui la manipulaient pour me faire cracher de l'argent. J'ai très mal vécu ça et, vous savez, les gens font vite le raccourci, ils se disent: 'C'est un boxeur, il est violent, c'est normal'."

Déboussolé par ses déboires sentimentaux, Thomas a vite glissé dans une histoire pathétique. "J'ai vraiment eu beaucoup de mal à m'en sortir", dit-il. "Je n'arrivais plus à m'entraîner, et puis j'ai fait plein de conneries, j'ai perdu mon permis. Je vivais dans une maison de 200 mètres carré et j'ai terminé dans un 8 mètres carré à l'INSEP."

Thomas a finalement sorti la tête de l'eau grâce à l'aide du Directeur technique national de la boxe française, Dominique Nato, qui s'est penché à son chevet.

"Il m'a pris sous son aile, m'a dit qu'on allait se battre et que j'allais partir chercher la médaille aux Jeux", explique le boxeur de Saint-Quentin. "Et j'ai réussi à changer de vie. Beaucoup m'avaient enterré. Là, ils me voient au poids, affûté comme jamais. Je constate que certains regards m'évitent..."

Thomas, seul boxeur tricolore double médaillé olympique, a dû lutter contre ses vieux démons pour remonter la pente et vaincre l'un de ses plus redoutables ennemis: le poids.

"En gagnant ce combat-là, j'ai aussi gagné 90% de la médaille", souligne le Français d'1,68 mètre, qui doit perdre environ 5 kilos avant chaque combat. A Pékin, il entrera en lice dans la compétition le mardi 12 août, quatre jours après la pesée officielle. "Mon premier plaisir après la pesée sera d'avaler un litre de Perrier", dit-il, légèrement déshydraté.

Au village olympique, les tentations sont grandes. "On a beau être marié, on peut regarder les belles filles, mais sans y toucher", plaisante Thomas. "Ici c'est pareil, il y a des McDonald's, des glaces. On rêve de saloperies, de coca, de toutes les merdes comme on dit. Mais on ne touche à rien. Je fais des régimes depuis l'âge de 14 ans, j'ai l'habitude."

Après les JO, où il mise sur l'addition "d'expérience, de maturité et d'insouciance" pour aller chercher la médaille d'or, il donnera à sa carrière une autre direction. "Ce qui est certain, c'est que je vais monter d'une catégorie, je serai beaucoup plus performant", pense le boxeur, sans savoir encore s'il tentera l'aventure chez les professionnels.

"Je voulais passer pro après Athènes, mais je voulais un contrat avec des perspectives d'avenir, avec un championnat du monde dans les 3-4 ans comme objectif", souligne Thomas, qui reconnaît sans fausse pudeur boxer pour l'argent. "Sur le plan financier, j'avais aussi vite fait le calcul à l'époque: je gagnais le double en restant en amateurs."

Thomas connaîtra son premier adversaire samedi à l'issue du tirage au sort. "Je sais que c'est quand même un challenge difficile qui m'attend. Mais je n'ai pas grand chose à perdre", conclut le poids mouche revenu de l'enfer. AP

petr/cov/jlc

Comments